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Le cyanotype : un art entre le visible et le ressenti

Lorsque je réalise un cyanotype, je ne pense pas seulement à l’image qui va apparaître. Je pense à la lumière. Au silence du jardin. À la texture d’une feuille que je pose sur le papier sensible. Et surtout à ce moment particulier où le bleu va surgir.

Le cyanotype est souvent présenté comme une ancienne technique photographique. C’est vrai. Mais dans ma pratique artistique, il est devenu bien plus que cela. Au fil du temps, j’ai compris que ce procédé n’était pas seulement un moyen de produire une image. C’est une expérience sensorielle. Une rencontre entre la lumière, l’eau, le végétal… et une perception plus subtile qui apparaît au moment où le bleu se révèle.

création cyanotype avec plantes et papier photosensible
Création d’un cyanotype avec des éléments végétaux.

Une technique photographique née au XIXᵉ siècle

Le cyanotype est l’un des premiers procédés photographiques de l’histoire. Il a été mis au point en 1842 par l’astronome et chimiste britannique John Herschel. Son principe repose sur une réaction chimique sensible à la lumière. Un mélange de citrate d’ammonium ferrique et de ferricyanure de potassium est appliqué sur un support: papier ou tissu. Lorsque ce support est exposé aux rayons ultraviolets du soleil, une transformation chimique se produit. Après rinçage à l’eau, apparaît alors une image caractéristique : un bleu profond appelé bleu de Prusse.

Au XIXᵉ siècle, cette technique a notamment été utilisée par la botaniste anglaise Anna Atkins pour documenter des herbiers scientifiques avec des algues et des plantes. Ses cyanotypes sont aujourd’hui considérés comme les premiers livres illustrés photographiquement. Mais aujourd’hui, ce procédé ancien connaît une nouvelle vie. De nombreux artistes s’y intéressent pour sa dimension expérimentale, artisanale et poétique.

cyanotype botanique inspiré des herbiers d’Anna Atkins
Cyanotype botanique inspiré des premières expérimentations du XIXᵉ siècle.

Dans mon travail, le cyanotype est d’abord une expérience

Lorsque je travaille le cyanotype dans mon atelier ou dans le jardin, je ne cherche pas uniquement à produire une image. Je m’intéresse au processus. À ce qui se passe dans le temps de la création. Il y a d’abord la préparation du papier. Puis la rencontre avec les plantes. Chaque feuille possède sa texture, son dessin mais aussi sa présence. Je prends le temps de les observer. C’est comme un temps suspendu dans le quel il se vit intérieurement quelque chose de surprenant , le silence . Ensuite vient l’exposition au soleil. C’est un moment particulier, presque ralenti. La lumière agit lentement, transformant le support. Enfin vient l’eau. Lorsque le papier est plongé dans l’eau, l’image apparaît progressivement. Le bleu se révèle, parfois très intense, parfois plus doux.

À chaque fois, c’est une surprise. Le résultat n’est jamais le même et difficilement reproductible à l’identique . Dans une époque comme la notre , l’expérience est très intéressante a vivre .

Le cyanotype nous amène à nous interroger sur notre rapport au contrôle, notre besoin de perfection, à l’impermanence et à la capacité de laisser advenir. Il vient nous interroger également sur le rythme, l’attente et sur ce qui émerge lorsque l’on accepte de ne pas tout maîtriser.

Peu à peu, j’ai réalisé que ce processus mobilisait plusieurs sens à la fois : la vue, bien sûr, mais aussi le toucher, l’odeur des plantes, la sensation de chaleur du soleil et l’émotion particulière que provoque l’apparition du bleu.

Quand les sens se rencontrent

En découvrant le concept de synesthésie, j’ai commencé à entrevoir une piste pour comprendre certaines sensations que je ressens dans ma pratique artistique.

La synesthésie est un phénomène neurologique étudié par les scientifiques : certaines personnes perçoivent spontanément des associations entre différents sens. Par exemple, elles peuvent voir des couleurs en écoutant de la musique ou associer des lettres à des couleurs précises. Je ne suis pas spécialiste de ce phénomène et je ne prétends pas l’être.

Mais en tant qu’artiste, cette idée m’a profondément interpellée. Elle m’a offert une clé de lecture pour approcher certaines expériences que je vis face au cyanotype. Car dans ma pratique, ce qui se joue dépasse largement le visuel. Au fil des années, en observant mes propres créations mais aussi les réactions des personnes qui les découvrent, j’ai remarqué que le bleu du cyanotype agit rarement comme une simple couleur. Il arrive qu’une image déclenche immédiatement un apaisement, comme une sensation de silence intérieur. D’autres fois, elle évoque quelque chose de plus dense : une mémoire, une nostalgie, parfois même une forme de gravité ou de profondeur presque méditative.

Certaines personnes restent longtemps devant une œuvre sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi. D’autres me disent qu’elles « ressentent » le bleu avant même de le regarder en détail, comme si l’image venait toucher un endroit plus subtil qu’une simple perception visuelle. Moi-même, au moment de la révélation, lorsque le bleu apparaît dans l’eau , il m’arrive de ressentir une forme de bascule intérieure. Comme si quelque chose se déposait, ou au contraire se révélait.

Ce n’est pas seulement une image qui émerge, c’est une atmosphère, une présence, parfois presque une vibration. Car lorsque je regarde apparaître ce bleu profond, je ne ressens pas seulement une perception visuelle. Il y a souvent une qualité d’espace, une densité, une sensation intérieure difficile à nommer. Comme si l’image portait quelque chose de plus que sa simple forme.

La synesthésie m’a permis de poser un mot  ou du moins une image, sur cette expérience : celle d’un passage entre les sens, d’un glissement du visible vers le ressenti. Et peut-être, plus largement, d’un langage sensible que nous avons peu appris à reconnaître.

détail cyanotype bleu de Prusse texture artistique
Détail d’un cyanotype révélant la profondeur du bleu de Prusse.

Le cyanotype comme expérience multisensorielle

Peu à peu, j’ai compris que ce qui me touche profondément dans le cyanotype est sa dimension sensorielle.

Ce procédé mobilise plusieurs éléments fondamentaux : la lumière du soleil, l’eau, la matière végétale , le temps et l’apparition progressive du bleu. C’est une forme de création qui engage le corps et l’attention.

Le cyanotype nous invite donc à ralentir, à observer, à ressentir pour le vivre pleinement , comme je le propose en séance de groupe , en individuel ou dans le Mentorat Femme Alchimiste.

Dans mon travail artistique et de mentore , je m’intéresse de plus en plus à cette dimension. Le bleu qui apparaît n’est pas seulement une couleur. Il devient une atmosphère. Une sensation. Parfois même une émotion.

Chaque cyanotype est pour moi la trace d’un moment vécu avec le vivant. La plante, la lumière et l’eau participent ensemble à la naissance de l’image.

Une rencontre entre le visible et le vivant

C’est peut-être là que réside la véritable poésie du cyanotype pour moi .Il ne capture pas seulement une forme. Il capture une présence.

Dans ma pratique, au fil du temps, j’ai manipulé des centaines de végétaux : feuilles fraîches, plantes séchées, herbiers oubliés, fragments parfois presque effacés. Et chaque fois, le même constat s’impose : aucune empreinte ne réagit de la même manière. Les plantes que j’utilise laissent une trace singulière sur le papier. Leur structure, leurs nervures, leurs contours apparaissent avec une précision parfois saisissante, mais aussi avec des variations inattendues. Certaines révèlent des détails invisibles à l’œil nu, comme si la lumière venait dévoiler une mémoire interne de la plante. D’autres, au contraire, se déposent de manière plus diffuse, presque comme une respiration. Le bleu agit bien comme un révélateur, mais aussi comme un interprète. Il ne se contente pas de montrer : il transforme. Il donne à voir ce qui est habituellement discret, voire imperceptible.

Dans les expériences cyanotypes que je propose, j’observe souvent la surprise des participantes : deux personnes utilisent la même plante, au même moment, avec les mêmes gestes… et pourtant, les résultats diffèrent profondément. Comme si quelque chose échappait à la seule technique. Cette rencontre entre la plante et la lumière crée une image qui n’est jamais totalement prévisible. Il y a toujours une part d’inconnu, une marge de mystère avec laquelle il faut composer.

Avec le temps, j’ai appris à ne plus chercher à maîtriser entièrement ce processus, mais à entrer en relation avec lui. À observer, ajuster, ressentir. Chaque cyanotype possède ainsi sa propre vibration. Non pas au sens abstrait, mais dans ce qu’il dégage réellement : une densité, une présence, une qualité d’espace qui se perçoit au-delà de l’image elle-même. Et c’est peut-être cela, au fond, que nous venons chercher : non pas seulement créer une image, mais rencontrer le vivant dans ce qu’il a de plus subtil.

C’est en tout cas ce que je vous invite à vivre lors des seances de groupe , en expérience individuelle ou dans le Mentorat Femme Alchimiste.

Ressentir avant de comprendre

Aujourd’hui, je vois le cyanotype comme une pratique qui nous invite à retrouver une forme de sensibilité.

Dans un monde où les images sont produites, filtrées et consommées en continu, notre regard s’est habitué à aller vite.

Nous reconnaissons, nous interprétons, nous passons à autre chose. Mais nous ressentons de moins en moins.

Le cyanotype, lui, propose exactement l’inverse. Il ralentit le regard. Il suspend le geste. Il demande d’attendre, d’observer, de laisser apparaître.

Dans les ateliers que j’accompagne, je vois souvent ce basculement : au début, les participant(e) s cherchent à “réussir” une image. Puis, progressivement, quelque chose se détend. Elles commencent à regarder autrement. À toucher les feuilles avec plus d’attention. À remarquer des détails qu’elles n’auraient jamais vus auparavant. Ce n’est plus seulement un acte de création. C’est une manière d’entrer en relation.

Peut-être est-ce à contre-courant de notre époque?

Et pourtant, c’est précisément pour cela que cela devient essentiel. Car l’être humain n’a pas été conçu pour vivre uniquement dans la vitesse, la performance et la stimulation permanente. Il a aussi besoin de lenteur, de silence, de contact avec le vivant pour se réguler, pour se retrouver.

Le cyanotype réactive quelque chose de très ancien en nous : une capacité à percevoir sans analyser immédiatement, à accueillir une sensation sans chercher à la nommer, à se laisser toucher avant de comprendre.

Peut-être que certaines œuvres ne sont pas seulement faites pour être regardées. Peut-être qu’elles sont aussi là pour être ressenties.

Et si le cyanotype avait cette capacité particulière  de nous reconnecter à une perception plus fine du monde, mais aussi, en creux, à une part de nous-mêmes que nous avons appris à mettre de côté ?

Conclusion

Mon expérience pratique et artistique est devenu un espace d’exploration. Un lieu où la lumière, les plantes et le temps se rencontrent pour faire apparaître le bleu.

Bien au-delà de la technique, ce qui me touche profondément dans ce processus est la sensation qu’il provoque. Ce qu’il propose à l’humain de venir toucher du doigt, dans son silence intérieur !

Le cyanotype ne capture pas seulement des formes. Il capture une expérience. Une trace sensible de la rencontre entre le visible et le vivant.

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